POUR DIFFUSION IMMÉDIATE

14 avril 2026

Dix ans après : une crise en passe d’être normalisée

Il y a dix ans aujourd’hui, la Colombie-Britannique a déclaré une urgence de santé publique en réponse à la crise de l’approvisionnement en drogues toxiques. Plus de 18 000 personnes en sont mortes à travers la province. Ces décès auraient pu être évités, et ils demeurent évitables. Au-delà de l’ampleur des pertes, il est alarmant de constater la normalisation de cette crise. Ce qui avait été désigné comme une urgence sanitaire a été relégué aux marges au fil du temps. Une mortalité d’une telle ampleur est désormais acceptée comme un fait inévitable qu’il faut gérer et encaisser.

Cette normalisation est un choix politique. Les décisionnaires seraient en mesure de s’attaquer aux causes profondes de cette crise, mais ils ont choisi de ne pas le faire.

Dans toute la Colombie-Britannique, les mesures de santé publique fondées sur des données probantes ont été clairement délaissées au profit de politiques empreintes de mésinformation, de désinformation et de panique morale. Les récits de « sécurité publique » et de « désordre communautaire » guident les prises de décision, renforcent la stigmatisation et intensifient la criminalisation.

Le recul de la décriminalisation, les réponses décalées à un approvisionnement en drogues de plus en plus toxique et imprévisible, et l’expansion du traitement involontaire brossent un tableau sombre. Les interventions coercitives sont habillées d’un discours de compassion et d’urgence. Le cadrage politique présente ces mesures comme étant nécessaires en contexte de crise, positionnant le contrôle de l’État comme une prise en charge bienveillante tout en passant sous silence les facteurs structurels responsables de la situation.

Cette rhétorique de l’urgence a également abaissé le seuil de ce qui est jugé acceptable. Les mesures exceptionnelles sont banalisées, tandis que les interventions ayant fait leurs preuves – approvisionnement plus sûr, réduction des méfaits, traitements volontaires, logement et soutien social – sont sous-financées, retardées ou mises à l’écart sur le plan politique. Il en découle un environnement politique caractérisé par une surveillance, une coercition et un contrôle accrus, tandis que les décès évitables se poursuivent.

Cela n’est pas dû à un manque de connaissances. Les données sont disponibles. Les recommandations formulées sont les mêmes depuis des années. C’est l’inaction qui est à blâmer. Et cette inaction révèle également une forme d’incompétence : un refus persistant de mettre en œuvre des réponses fondées sur des données probantes, couplé à la promotion active de politiques réputées pour leur dangerosité.

La réduction des méfaits est un pilier essentiel de la santé publique. Lorsqu’elle est compromise, des gens meurent.

Les personnes qui consomment des drogues, les familles et les communautés de toute la province continuent de se mobiliser face à l’inaction des gouvernements. Nous sommes solidaires des personnes utilisatrices de drogues et des initiatives communautaires à travers la Colombie-Britannique, et nous soutenons leurs demandes, à savoir :

  • Maintenir et étendre les mesures de réduction des méfaits, y compris un approvisionnement plus sûr, une désintoxication à faible barrière d’accès, et des soins centrés sur la personne et adaptés sur le plan culturel qui fonctionnent réellement;
  • Mettre un terme au ciblage violent et discriminatoire, au déplacement et à la criminalisation des personnes utilisatrices de drogues, des communautés autochtones, des gens en situation de handicap et des individus en situation d’itinérance;
  • Mettre fin à la prohibition des drogues et développer un système réglementé conçu par et pour les personnes premières concernées;
  • Investir dans des logements dignes, hors marché et gérés par la communauté dans l’ensemble de la province.

(Pour en savoir plus : druguserliberation.ca/warondrugscampaign)

Les infirmier·ères travaillent au sein de ces systèmes tous les jours, et nous constatons clairement leurs limites. Nous voyons ce qui arrive lorsque des personnes sont laissées à elles-mêmes face à un approvisionnement en drogues toxiques sans soutien adéquat. Nous observons également la force, la bienveillance et le leadership des personnes utilisatrices de drogues et des communautés qui continuent à assurer leur survie collective.

En tant qu’infirmier·ères, nous sommes responsables des personnes que nous soignons. Cela signifie que nous avons le devoir de nous exprimer lorsque les politiques engendrent des préjudices et de continuer à nous mobiliser aux côtés des communautés, même lorsque les gouvernements et les institutions refusent d’agir. Nous continuerons à prodiguer des soins, à instaurer des liens de confiance et à soutenir les personnes les plus touchées par cette crise.

Dix ans après le début d’une situation d’urgence déclarée, cette inaction continue est injustifiable et inadmissible. Tant que cette crise sera normalisée, le nombre de décès continuera d’augmenter.

-30-

Pour plus de renseignements, veuillez contacter :

Corey Ranger, président de l’AIIRM, hrna.aiirm@gmail.com